Une pizzeria, un four à bois et un sachet de zaatar
Avant d'être un restaurant libanais, l'adresse était une pizzeria. André y venait en habitué. Il apportait son propre zaatar et demandait qu'on lui cuise des manakiches dans le four à bois — un service qui ne figurait sur aucune carte, mais qu'on lui rendait volontiers.
À force de venir, la propriétaire et lui ont sympathisé. Jusqu'au jour où elle lui a posé la question : et si vous rachetiez l'établissement ? Ce qui a emporté la décision, c'est le four à bois. Le Cèdre Bleu a ouvert en mai 2001, au 10 quai Romain Rolland, face à la Saône.
Le four a fini par céder la place au gaz. Il occupait une bonne partie de la cuisine et chauffait si fort qu'une brochette oubliée quelques secondes en ressortait carbonisée — et André aime parler avec ses clients. Il a perdu assez de brochettes pour trancher.
Depuis, André et Mary Eid tiennent la maison ensemble : lui en cuisine, elle en salle. Le restaurant s'est construit sur la fidélité plutôt que sur le passage — certains clients viennent depuis plus de vingt ans. C'est cette clientèle qui a fait sa réputation, bien avant les 4,7 sur 5 et les 1 500 avis d'aujourd'hui.
Du Chouf au Vieux Lyon
André et Mary Eid sont originaires de Mtolleh, un village de montagne du Chouf, à 750 mètres d'altitude, dans le Mont-Liban. C'est là qu'ils ont appris à cuisiner — pas dans une école, mais à la maison, dans une région où la table est l'affaire de toute la famille et où les mezzés se préparent à plusieurs mains.
La cuisine du Chouf n'est pas celle des tables du bord de mer. Elle est plus paysanne, plus végétale, construite autour de ce que donne la montagne : le blé concassé, les pois chiches, les herbes, l'huile d'olive, le zaatar. C'est celle que l'on retrouve dans le taboulé, le moutabal, les feuilles de vigne et les kebbés de notre carte.
Pourquoi le Vieux Lyon
Le choix du quartier n'a rien d'un hasard. Le Vieux Lyon est l'un des rares endroits de la ville où se croisent en permanence les Lyonnais et les visiteurs de passage — un quartier vivant à toute heure, et l'un des plus fréquentés de Lyon.
Pour une cuisine étrangère, c'est l'emplacement le plus juste qui soit. Faire découvrir la table libanaise suppose d'être là où les gens ont envie de tenter quelque chose qu'ils ne connaissent pas encore. Un quartier de passage, mais un quartier où l'on revient : c'était exactement ce qu'il fallait pour installer une adresse dans la durée.
Et puis il y a eu, plus simplement, un coup de cœur. Les traboules — ces passages qui traversent les immeubles d'une rue à l'autre — ont séduit André dès le départ.
Une cuisine entièrement faite à la main
Tout est préparé sur place, chaque jour. Les mezzés, les pâtes à fatayer et à samboussik, les viandes marinées, jusqu'aux desserts — katayef, maamoul. Rien n'arrive tout prêt en cuisine.
C'est aussi ce qui explique le fonctionnement de la maison. Le midi, le service street food permet de goûter cette même cuisine dans un format rapide : chawarma, falafel, manakiches. Le soir, on s'assoit, on partage les mezzés, on prend son temps. Deux façons d'aborder la même table.




